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Depuis
des années, déCLIC 17/18 dénonce les conditions
intolérables dans lesquelles doivent voyager les usagers
de la ligne M13
et les conséquences inacceptables d'une trop longue indifférence
des pouvoirs publics, en premier lieu de l'État. Mais, ce
qui a récemment changé, c'est qu'à l'été
2006, le Conseil Régional d'Île-de-France (CRIdF) dirige
le STIF, l'autorité chargée de l'organisation des
transports dans notre région. Depuis, les élus locaux
concernés, maires des communes desservies par la ligne ou
responsables de structures intercommunales, en prise directe avec
leurs concitoyens-administrés-électeurs-contribuables,
relaient avec plus de force encore l'exaspération générale.
Ainsi, le Maire de Paris saisit en janvier 2007 le Préfet
de Région et le Conseil de Paris adopte en février
2007 un vu afin que soit inscrit le financement du dédoublement
de la ligne 13 dans le Contrat de Plan État-Région
(CPER) 2007-2013. Mmes Kuster et de Panafieu, élues du 17e
arrondissement, ne sont pas en reste. M. J.-P. Huchon, président
de Région et du STIF, reçoit en février 2007
l'" Association des villes et collectivités pour le
dédoublement et le prolongement de la ligne 13 " (Asnières,
Clichy, Gennevilliers, Malakoff, Saint-Denis, Stains, Plaine-Commune).
La Mairie de Stains réclame le prolongement de la branche
Nord-est jusqu'à Stains-La-Cerisaie et sa connection à
la Tangentielle Nord. Des pétitions sont lancées à
l'initiative des Maires de Clichy, G. Catoire, de Stains, M. Beaumale,
ou de Mme Lepetit, députée de la 17e circonscription
(http://www.ensemblepourlaligne13.fr).
Le 13 mars 2007 un débat public à l'École Belliard
(18e) réunit 250 usagers en présence de Mmes de La
Gontrie, première vice-présidente du CRIdF, Hidalgo,
première adjointe au Maire de Paris, Lepetit, première
adjointe au Maire du 18e, de M. Vaillant, Maire du 18e arrondissement
et de MM. Auzannet, directeur du développement de la RATP
et Souvigné, directeur de la ligne 13 (voir
le compte-rendu)
On
eut confirmation des réticences du représentant l'État,
M. Préfet de Région selon qui la ligne 13 est un "
buzz médiatique ". Néanmoins la Région
obtient qu'une enveloppe de 25,5 millions d'euros (dont 30% payés
sur crédits de l'État) soit inscrite dans le CPER
2007-2013 afin de mener les études préparatoires au
désengorgement de la M13. Au même moment, la Ville
de Paris inscrit dans son Plan de déplacements Parisiens
(PDP) le dédoublement de la ligne parmi ses trois projets
prioritaires et dénonce par avance la tentative de le mettre
en concurrence avec d'autres projets. M. Auzannet, lui, s'est voulu
rassurant. L'amélioration des fréquences le soir dès
décembre 2007 et le matin mi-2008, la rénovation du
matériel roulant MF77 (600 voyageurs mais en supprimant 60
places assises), l'installation " probable" de portes
palières en 2009 - mais à la charge de la Région
-- , celles-là mêmes que la RATP a testées sur
la M13 et qui doivent équiper la ligne M1, et, enfin, la
mise en place d'Ouragan en 2011 devraient permettre d'assurer un
service égal sur les deux branches et abaisseraient le taux
d'occupation de 120% à 90% en pointe du matin. Ces mesures,
aux dires mêmes de la RATP, n'auront d'effet positif que jusqu'à
l'horizon 2013. Car, au-delà, les nombreuses ZAC en construction
du secteur, à Paris, Clichy, Saint-Ouen et Saint-Denis, seront
presque toutes achevées avec leurs dizaines de milliers de
nouveaux habitants et employés.
Le 29 mars 2007 se réunit pour la première fois le
Comité d'information de la ligne 13 (CIL13) autour des élu(e)s
concerné(e)s. En avril, le STIF précise le contenu
des études nécessaires. Il s'agit de recenser les
projets de développement urbain aux horizons 2015 et 2030,
d'étudier les différentes configurations possibles
du débranchement d'une des branches Nord et du tracé
de la nouvelle ligne ainsi créée, d'examiner d'autres
projets pouvant désengorger la M13 (desserte améliorée
de la gare Pont-Cardinet, prolongement de la M4 vers Saint-Ouen,
liaison bus en site propre entre Carrefour Pleyel et le RER B, extension
du T3 jusqu'à la Porte d'Asnières, tramway Saint-Denis-Epinay-Villetaneuse).
Mais la possibilité de débrancher une des branches
Nord de la M13 et de relier celle-ci à la M14 semble être
passée à la trappe. Lors de la seconde réunion
du CIL13, le 24 octobre dernier, le STIF dévoile les études
menées conjointement par le STIF, l'IAURIF et la RATP. Le
débranchement et l'automatisation d'une des branches Nord
sont jugés techniquement complexes et coûteux (1360
Md'€). En effet, la mise en conformité technique de
la ligne (allongement des quais, automatisation, liaison pneumatique)
et la faible profondeur du tunnel nécessiteraient un chantier
à ciel ouvert et la fermeture de la ligne sur le tronçon
en travaux. Cette solution prévue dès la création
de la ligne M14 est implicitement écartée. Le prolongement
de la M4 vers Saint-Ouen paraît insuffisant à désengorger
la M13. De façon alternative sont proposés ou le prolongement
de la M14 de Saint-Lazare à Mairie de Saint-Ouen avec une
station intermédiaire Porte-de-Clichy en liaison avec le
RER C (coût estimé : 900 Md'€) ou le projet "Arc
Express" de métro souterrain entre la Défense
et la Plaine Saint-Denis (coût estimé : 2000 Md'€).
" Arc Express " est la dénomination estampillée
CRIdF des tronçons du si bien nommé Métrophérique,
projet de ligne de métro circulaire que la RATP promeut avec
force publicité urbi et orbi. L'intérêt de l'extension
vers le nord de la M14 repose sur le fait que son tunnel situé
à 25 m de profondeur peut être creusé (rapidement)
par un tunnelier sans gêner le trafic de surface. De plus,
trois communes (Paris, Clichy, Saint-Ouen) étant concernées,
les différentes étapes juridiques seraient beaucoup
plus rapidement franchies que pour le projet " Arc Express
". Il semble que le STIF s'apprête à commander
des études plus fines sur ces deux derniers scenarii.
En
l'absence d'éléments précis, il semble difficile
d'estimer la pertinence de ce premier avis. Face à des avis
divergents et à des demandes aussi diverses, un "décodeur"
n'est pas inutile.
Premier
fait, l'engorgement et l'exploitation périlleuse de la
M13 étaient certains pour la RATP dès les années
90. C'est pourquoi la construction de la M14 décidée
en 1989 devait à la fois décharger la ligne centrale
M1, desservir les nouveaux quartiers de Paris Rive Gauche et absorber
une des branches Nord de la M13. Or, au même moment (1991),
était décidée la construction de la ligne E
(Éole) permettant une liaison rapide entre l'Est francilien
et les quartiers d'affaire parisiens. L'État a ainsi consacré
sur la décennie 90 la quasi-totalité des capacités
d'investissement en TC sur ces deux projets. Les aléas de
chantier et les surcoûts inévitables ont allongé
les délais et rogné les ambitions. Le prolongement
sur Saint-Lazare ne fut réalisé qu'en 2003 et l'extension
à l'Ouest (le "O" de Éole) du RER E se fait
toujours attendre (notons que ce pourrait être l'occasion
de desservir la ZAC Batignolles et la Porte d'Asnières).
Entre temps, il fut quand même décidé en 1998
de prolonger la branche Nord-Ouest de la M13 vers le Pont de Gennevilliers.
Dix ans plus tard, 25 000 voyageurs supplémentaires par jour
s'engouffreront en 2008 dans la branche nord-ouest de la M13.
Deuxième
fait, les améliorations techniques pour exploiter la
ligne ont pris un retard considérable, en particulier le
système Ouragan annoncé en 2004 puis reporté
en 2011. Un plan d'urgence vient d'être lancé sous
la pression du STIF en mars 2007. Un peu tard.
Troisième
fait, la météorisation d'une des branches de la
M13, prévue dès l'origine de la création de
la M14, est devenue tabou. Complexe sans doute, mais, à l'époque,
les ingénieurs et experts de la RATP l'avaient proposée
et étudiée. Chère aussi mais combien coûte
l'enfouissement de 1500 mètres de la RN13 qui reçut
l'an denier le feu vert gouvernemental ?
Quatrième
fait, malgré la thrombose de la ligne M13, la RATP, annonçant
la congestion générale de son réseau à
l'horizon 2015, promeut par tous les moyens possibles son projet
Métrophérique de métro souterrain circulaire
dans la petite Couronne. Cette réalisation ambitieuse, estimée
à 6 milliards d'€ par la RATP, représente pour
cette entreprise un axe majeur de développement et un projet
fédérateur. Mais sa complexité juridique, son
coût global et ses délais de réalisation - vingt
ans ! - en font un projet autonome.
Dans sa contribution au débat public sur le PDP, déCLIC
17/18 a présenté ses priorités qui ne s'excluent
pas l'une l'autre mais se complètent : le désengorgement
de la ligne M13 d'abord, la construction d'une ligne circulaire
à 3-5 km de la limite de Paris ensuite. Le Vice-président
du CRIdF chargé des transports, M. Serge Méry, souligne
que ces deux projets " ne se situent pas dans la même
temporalité " et précise que l'" on peut
envisager une mise en service du prolongement de la ligne 14 avant
2017 " mais qu'" avec " Arc-Express ", les travaux
ne débuteraient qu'en 2017". L'extension sur 5,9 km
de la M14 vers Clichy et Saint-Ouen semble clairement plus aisée
et plus rapide à réaliser que le débranchement
complet et la météorisation de la branche Nord-est
de la M13 mais c'est le choix judicieux des gares intermédiaires
entre Saint-Lazare et Mairie-de-Saint-Ouen qui permettra le meilleur
report de la M13 vers la M14 prolongée. Enfin, une modélisation
et une quantification prévisionnelles des parcours des usagers
selon leur point d'origine et leur destination finale doit assurer
que cette solution provoque le report maximal, sans quoi le statu
quo sur la M13 imposera des conditions de transport tout aussi inacceptables
qu'aujourd'hui.
En vérité, le nud gordien reste l'argent. Depuis
2002, le gouvernement a supprimé toute subvention aux projets
de TC.
On
sait pourtant que des projets d'investissement en TC d'une telle
taille requièrent le soutien de l'État. Le tout récent
" Grenelle de l'environnement " ne promet-il pas que l'État
se réengage dans le développement des transports urbains
collectifs ? Dans ce cas, tout doit être mis en uvre
pour que la ligne M13 soit la priorité n° 1.
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