Alors que la première partie du Parc (4,3 ha) ouvrira
cet été, la Ville crée la ZAC Cardinet-Batignolles
pour construire le 81e quartier parisien.
Entre
la rue Cardinet au sud, les avenues de Clichy et de la Porte
de Clichy à l'est, le boulevard périphérique
au nord et la rue de Saussure à l'ouest, cette vaste
zone est la dernière des grandes friches industrielles
parisiennes disponibles avec les terrains du Nord-Est (18e
et 19e). Elle occupe une position charnière entre
la Plaine Monceau et les Épinettes, d'une part, et
entre Paris et les communes limitrophes de Clichy et de
Levallois-Perret, d'autre part. Scindée par le boulevard
Berthier où subsiste un des rares fortins de l'enceinte
Thiers, cette emprise du territoire parisien accueille depuis
les années 1830 des installations ferroviaires.
Aujourd'hui, le faisceau ferroviaire Saint-Lazare, en tranchée
le long de la rue de Rome, remonte lentement pour émerger
en bordure du quadrilatère, enjamber le boulevard
Berthier et se prolonger en un long couloir vers l'Ouest.
La partie au sud du boulevard Berthier abrite les restes
de la gare de Batignolles-Marchandises, des voies de garage
des trains et d'entretien de motrices, des ateliers de maintenance,
des activités logistiques fer et route (Sernam, Géodis)
et reste traversée par la ligne de la Petite Ceinture
au très faible trafic.
Une
chronologie bien réglée
2002.
Le Conseil de Paris autorise le Maire à lancer les
marchés de définition et approuve les objectifs
d'aménagement du secteur : création d'un grand
parc urbain de 10 ha et d'un nouveau quartier d'occupation
mixte (bureaux, activités, logements, équipements
publics de proximité, etc.) reliant les Épinettes
et la plaine Monceau, suppression de certaines coupures
existantes (raccordement de la petite ceinture, communes
limitrophes, etc.), relance du fret ferroviaire (logistique
urbaine, centre de tri des déchets) et amélioration
des transports en commun.
2003. La candidature de Paris aux JO 2012 modifie
les perspectives d'aménagement à court terme
pour installer, le temps d'un été, le Village
Olympique et ses équipements.
2004. L'équipe constituée par François
Grether, architecte-urbaniste et Jacqueline Osty, paysagiste
avec le Bureau d'Études Techniques OGI, est choisie
en janvier. L'aménagement du site devait se dérouler
en trois phases : la première phase en cours de réalisation
avec la construction d'une partie du parc, de logements
et d'équipements, la seconde avec la réalisation
du Village olympique et la dernière avec la reconversion
totale du site et l'extension du Parc. En 2004 aussi, la
Ville de Paris acquiert les premières parcelles de
5,5 ha et 4,3 ha.
2005. La Zone d'Aménagement Concerté
(ZAC) Cardinet-Chalabre est créée en juin.
En juillet, la décision du Comité International
Olympique modifie le contexte institutionnel des négociations
entre, d'une part, la Ville de Paris et, d'autre part, l'État,
Réseau Ferré de France et la SNCF en vue d'acquérir
les terrains restants.
2006. Le Premier Ministre confirme en juillet le
choix initial de la municipalité de construire plus
de 3500 logements, dont 50 % de logements sociaux, y compris
800 logements étudiants. Le coût des terrains,
fixé à 3.320 euros le mètre carré
dans le projet de protocole avec la SNCF et RFF, fait de
cet achat un investissement de 395 millions d'euros pour
la Ville de Paris. L'ensemble du projet est évalué
à 650 millions d'euros si on y ajoute les 253,7 millions
d'euros de coût de reconstitutions sur d'autres sites,
aux frais de la ville de Paris, des immeubles appartenant
à la SNCF et à RFF aux Batignolles. Selon
le projet de protocole d'accord, la SNCF et RFF s'engagent
à céder les terrains à la Ville de
Paris en quatre tranches successives, les trois premières
ventes intervenant en 2009 et 2010.
Un
parc et un nouveau quartier
Le
nouveau parc, d'une taille supérieure au Parc Monceau,
structure le projet urbain. Il répond au manque criant
d'espace vert dans un environnement urbain particulièrement
dense et offre de nouvelles liaisons entre les Batignolles
et les Épinettes à travers le futur quartier.
Sa forme et ses allées intérieures se prolongent
selon des axes existants, des parcours piétonniers
traversants sont créés et de nouvelles voies
circulées bordent les nouvelles parcelles bâties.
Les nombreuses infrastructures ferrées sont réorganisées
et franchies par de nouveaux ponts (un au-dessus du faisceau,
un autre franchit le boulevard Berthier) et deux passerelles
piétonnes (idem). Les immeubles d'habitation, les
équipements et les services de proximité sont
installés au pourtour immédiat du parc, les
bureaux le long des voies ferrées pour protéger
le coeur du site des nuisances sonores. Enfin, des activités
logistiques et des équipements d'importance prennent
place face au boulevard périphérique. Tous
ces aménagements doivent répondre aux exigences
de développement durable et l'objectif de "
zéro émission " doit être atteint
dans tous les aspects du projet urbain (déplacements,
production et consommation d'énergies, recueil des
eaux de pluie, traitement des déchets, recherche
de la Haute qualité environnementale (HQE) pour les
immeubles, etc.). Pour que la création architecturale
contemporaine s'exprime dans toute sa diversité,
les emprises constructibles sont divisées en lots
et des consultations internationales auprès de dix
équipes d'architectes ont permis de proposer des
solutions morphologiques et architecturales variées
pour chaque îlot. François Grether en a établi
les prescriptions urbaines et architecturales. Entre les
ensembles bâtis, desservis par des voies publiques
situées sur le côté opposé au
parc, des espaces ouverts offriront une profondeur de vues
réciproques entre le parc, les logements et les espaces
verts privatifs. Les immeubles comporteront deux niveaux
bas formant le socle destiné aux équipements
de proximité, aux commerces, aux activités
et les étages courants, affectés à
l'habitation, répartis par volumes distincts offriront
plusieurs orientations à chaque logement. Achevé,
ce 81e quartier parisien accueillera 12 000 nouveaux habitants.
Phase
1 en cours
La
première phase d'aménagement inscrite dans
la ZAC Cardinet-Chalabre concerne un secteur de 7,3 ha pour
un montant de 62 millions d'euros TTC, hors acquisition
du foncier (180 millions d'euros). Entre juin 2004 et mai
2005, ce ne sont pas moins de quatre réunions publiques
qui ont été organisées pour informer
et recueillir les réactions des habitants. La ZAC
Cardinet-Chalabre permet la réalisation de la première
tranche du Parc des Batignolles (4,3 ha) livrée au
printemps 2007 et la construction de 24 500 m2 de logements,
8000 m2 de services et de commerces, 2500 m2 de groupe scolaire
(2009). Il est aussi prévu la création d'un
parc public de stationnement à usage résidentiel
(2010) d'environ 600 places sous la rue Cardinet, élargie
et dotée d'un mail planté, et la requalification
de l'impasse Chalabre pour assurer une large ouverture du
parc vers l'avenue de Clichy (avec la démolition
des immeubles, 165-167-169 et 181 avenue de Clichy).
Phase
2, première réunion publique
Premiers
actes de la procédure pour la création d'une
seconde ZAC (Clichy-Batignolles) : l'exposition du projet
dans une boutique, 165 avenue de Clichy en novembre 2006
et la tenue d'une réunion publique le 17 novembre
de 18 heures à 21 heures, dans le gymnase Bianciotto.
Étaient présents, Mme de Panafieu, maire du
17e arrondissement, MM. Caffet, Contassot, Baupin, maires-adjoints
de Paris, chargés respectivement de l'urbanisme,
des espaces verts, des transports, de la voirie, de la circulation
et du stationnement, M. François Grether, architecte-urbaniste
responsable de l'ensemble des aménagements, le représentant
de Mme Jacqueline Osty, architecte-paysagiste et ceux de
la SNCF et RFF, ainsi que différents responsables,
ingénieurs ou administratifs, de la Ville de Paris.
En dépit du ton alarmiste de certains et les annonces
tonitruantes d'un face-à-face tendu, l'assemblée
de plusieurs centaines de personnes suivit avec attention
la présentation du projet et posa des questions très
variées.
Le maire du 17e souligna d'emblée l'importance du
projet, se félicita de l'excellente concertation
de la première phase mais se déclara réservée
sur la construction de 300 logements au nord du site, aux
abords des installations logistiques et de service.
MM. Caffet et Grether rappelèrent les grands principes
d'aménagement et les représentants de la SNCF
et RFF précisèrent les transformations des
installations ferroviaires. Créer ex nihilo un nouveau
quartier sur une zone dévolue aux activités
ferroviaires et logistiques nécessite une mutation
complète. Le principe retenu est de regrouper les
activités ferroviaires le long du faisceau ferré.
La maintenance et les travaux sur réseau sont intégrés
dans un volume clos sous dalle, en-dessous des immeubles
de bureaux qui servent de protection phonique entre le faisceau
ferré et les premiers immeubles d'habitation. Les
émissions sonores et polluantes sont filtrées
et traitées avant leur rejet. Les voies de garage
des trains Grandes Lignes et Transilien de et vers Saint-Lazare
sont alignées le long du faisceau ferré, ainsi
que le stockage des locomotives sous une dalle. La zone
de fret complètement fermée et réorganisée
au nord du site entre le périphérique et le
bastion Thiers forme un ensemble logistique complet avec
la création d'un centre de tri des déchets
non putrescibles. La centrale à béton aujourd'hui
localisée au sud du site est reconstruite selon les
nouvelles normes environnementales et intégrée
le long des voies ferrées à la zone de fret.
Sur la future zone de fret, RFF prévoit une diminution
sensible du trafic de poids-lourds, de 489 000 camions par
an à moins de 100 000. L'idée est de traiter
le trafic de fort tonnage par voie ferrée et de livrer
les magasins par des camions de petite taille, électriques
ou GNV. De même, l'acheminement des déchets
non putrescibles pour être triés sur place
évite la circulation de bennes de Paris jusqu'en
banlieue (Saint-Ouen, Romainville). Une fois triés,
les déchets sont acheminés vers les usines
de recyclage par camions et, ultérieurement, sur
barges fluviales et par voie ferrée. Le départ
de la Sernam, de Géodis et de OOshop et le regroupement
de toutes les activités de fret et de logistique
au nord du site et à proximité immédiate
des voies ferrées et du périphérique
doivent limiter la circulation des camions.
Deux questions importantes soulevées par les participants
: les commerces et les transports collectifs (TC). Le représentant
de l'Association des Résidents de la Porte d'Asnières
a expliqué que cette ZAC construite de 1994 à
2004 souffre gravement de l'absence de commerces et d'une
desserte en TC jamais étudiée. Aux Batignolles,
le principe a été retenu d'implanter les commerces
en rez-de-chaussée des immeubles d'habitation ("s'il
n'y a pas de commerces, il n'y a pas de ville", M.
Caffet). Si tout point du site ne se trouve jamais à
plus de 400 m d'une station de métro, l'état
catastrophique de la ligne 13 pose problème. M. Baupin
a évoqué les (faibles) améliorations
attendues, la convocation par le STIF de M. Mongin, PDG
de la RATP, et les études lancées par la Ville
pour prolonger le tramway T3 jusqu'à la Porte d'Asnières.
À cet égard, il a regretté que sa proposition
de débat public sur le tramway n'ait pas reçu
d'écho positif de la part de la mairie du 17e.
Le
calendrier des travaux
Restructuration
de la voie Chalabre (2007-8), libération progressive
des terrains (2008-11), construction des logements, de la
crèche rue Cardinet et du collège Saussure
en 2009, nouveaux immeubles au nord ainsi que la phase 2
du parc en 2011, la totalité étant terminée
en 2012-13. La concertation doit se poursuivre avec la désignation
de l'aménageur de cette seconde phase.