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ZAC Batignolles-Cardinet : quelques remarques de déCLIC 17/18 à propos d'une campagne de la Mairie du 17ème

On n'a pas particulièrement l'habitude à déCLIC 17/18 de commenter les campagnes des politiques. En cet hiver 2010, on fera pourtant une exception pour donner notre point de vue sur la campagne lancée par la Mairie du 17ème . Pourquoi cette grosse colère qui appelle les citoyens à se mobiliser ?
" pour refuser la construction de 10 tours de 50 mètres sur la ZAC Clichy-Batignolles, pour refuser l'augmentation arbitraire du taux de logements sociaux à 55% dans cette ZAC " (éditorial de Brigitte Kuster dans Paris Dix-Sept décembre 2009)

Rappelons d'abord que si le programme initial de la ZAC a dû être quelque peu modifié l'été dernier, c'est à la suite de la décision conjointe du Gouvernement (Nicolas Sarkozy le 29 avril 2009) et de l'Hôtel de Ville d'accueillir sur le site de la ZAC, la Cité Judiciaire avec la Direction régionale de la PJ qui devra quitter le Quai des Orfèvres et le nouveau Tribunal de Grande Instance dans une tour qui pourrait culminer à 200mètres, deux bâtiments reliés par un parvis de 9000m2, l'équivalent de la Place de l'Hôtel de Ville .
Ces deux institutions sont présentées comme des équipements structurants, une chance pour le quartier.
Une chance ? Pour ces bâtiments, l'Hôtel de Ville avait d'abord proposé un site dans le 13ème arrondissement, entre le boulevard Masséna et le périphérique, jugé indigne par le Ministère de la Justice.
On s'accorda sur la pointe nord-est de la ZAC Batignolles, au risque assumé de bouleverser le projet initial. Cette nouvelle localisation présente aussi l'inconvénient d'être éloignée des lieux de détention des prévenus situés principalement au sud : la Santé, Fresnes, Fleury-Mérogis. Envisage-t-on des convois de fourgons cellulaires remontant et descendant l'avenue de Clichy ?
Une chance ? Ce serait rêver d'imaginer que dans les rues voisines des Epinettes fleurissent les cabinets avocats-associés dans les locaux commerciaux désertés.
On a murmuré que le Maire de Paris aurait négocié cette nouvelle implantation contre le financement par l'Etat du prolongement de la ligne de tram T3, de La Chapelle (où elle doit arriver en 2012) à Porte d'Asnières.
Le marché serait habile, mais, tout en le souhaitant, on peut douter qu'il se réalise : Paris, à la différence de plusieurs villes de province, doit construire ses lignes de tramway sans aucune participation financière de l'Etat.
Dès lors, sur un espace restreint, il faut bien faire rentrer les logements, activités économiques, équipements, initialement prévus et si nécessaires.
D'où sans doute la nécessité de faire passer la hauteur maximum de certains bâtiments de 37 mètres à 50 mètres.


1 - D'où la colère de la Mairie du 17ème pour qui il n'est de bons bâtiments que de taille moyenne.

Il est vrai que les tours construites dans les années 1970, d'une hauteur dépassant largement 50 mètres ont généré des appréciations pour le moins contrastées.
C'est vrai dans le quartier de la rue de Flandres, moins peut-être pour des raisons d'architecture qu'à cause d'une dégradation des conditions de sécurité dans ce quartier.
C'est vrai dans le quartier de la place des Fêtes où fut rasé un ensemble faubourien pour construire des horreurs. Il fallut l'inculpation du député du secteur puis sa condamnation pour qu'on arrête les frais : les dégâts perdurent.
C'est vrai dans le quartier Porte d'Ivry - Porte de Choisy où, dans les tours construites à la va-vite, les Parisiens ne voulurent pas s'installer : ainsi naquit Chinatown.
Mais à proximité immédiate, la Tour circulaire Super Italie de l'architecte Novarina, avec ses 112 mètres et ses 34 niveaux n'a pas vilaine allure et le promoteur privé Cogifrance n'a pas dû regretter son opération.
Mais dans le 13ème toujours, la tour Croulebarbe, une première en 1958-1960, avec ses 67 mètres et ses 23 niveaux a été jugée une réussite, inscrite à l'Inventaires des Monuments Historiques en 1994 avant de faire l'objet d'une restauration minutieuse en 2005.
Mais les habitants des tours de Beaugrenelle ne semblent pas mécontents de leur habitat. Il s'agit de constructions sur dalle, à l'honneur dans les années 1970. Là comme ailleurs ce ne fut pas un bon choix : pour rénover, c'est à la dalle que, justement, on s'attaque. Mais pas aux tours.
Pour tous ces bâtiments, que certains vouent maintenant indistinctement aux gémonies, qui avait accordé les permis de construire ?
Et, dans ces banlieues présentées souvent comme des repoussoirs, parfois à juste titre, c'était souvent, dans les années 60, l'Office HLM de la Ville de Paris qui avait construit : c'est le cas des barres des " 4000 Logements " à La Courneuve.
Qui à cette époque gérait l'Office des HLM de Paris ?

Pour les quelques exemples pris ici, à charge ou à décharge, il s'agit effectivement de tours.
Mais pour les bâtiments prévus autour de la ZAC Cardinet qui passeraient d'un maximum de 37 mètres à un maximum de 50 mètres, soit 4 ou 5 étages supplémentaires, peut-on réellement parler de tours ?
Un schéma élaboré par la Mairie du 17ème présente, vision de cauchemar, l'aspect qu'offrirait la ZAC Cardinet cernée par ces 10 tours (François Grether, architecte urbaniste en charge de l'aménagement n'en voit que 6…). Dans ce schéma, les tours sont démesurées : à l'échelle, elles feraient au moins 100 ou 150 mètres de haut. Erreur du graphiste ? Volonté de faire peur ?
Le débat démocratique, si nécessaire, appelle retenue, raison, refus du sensationnel.

Des bâtiments de 50 mètres sont-ils incompatibles avec les exigences écologiques qu'on a voulues pour cette ZAC quand on affirme que ce sera possible pour le bâtiment du TGI de 200 mètres ?
Les architectes devront tirer les enseignements des erreurs des années 60-70 : il y a des concours d'architecture pour ça et, parmi les exigences justifiées, l'obligation de ne pas porter d'ombre sur les bâtiments existants. Au reste, on n'en est pas au stade du permis de construire et, selon François Grether, plusieurs années d'études seront nécessaires.


2 - Autre sujet de polémique, la proportion de logements sociaux.

La Ville de Paris augmenterait la proportion de logements sociaux, de 50% prévus à l'origine à 55%, parmi lesquels nombre de logements étudiants. Et certains de crier au scandale : ce ne serait pas adapté à notre quartier.
On croit réentendre l'antienne : " Classes laborieuses, classes dangereuses ".
Il s'est trouvé lors de la réunion publique du 4 décembre 2009 au gymnase Biancotto un citoyen pour déclarer (de la salle, pas de la tribune heureusement) : " avec ces logements sociaux, vous allez créer un ghetto de délinquance. L'avantage c'est que ces délinquants pourront passer directement par la Préfecture de Police et le TGI voisin ".
On n'est pas loin du " salaud de pauvres ! " proféré par Jean Gabin dans le film La Traversée de Paris.
De pauvres ? C'est à voir quand on sait que 72% des Parisiens ont potentiellement accès au logement social, que dans les immeubles sociaux du parc se côtoieront différents types de logements, plus ou moins sociaux : PLAI, PLUS, PLS, PLI qui, assure la Ville, seraient également représentés.
Et puis, sur la ZAC, cela laisse 45% de logements pour qui ne peut prétendre au logement social, soit 28% des Parisiens.
A ceux qui, gymnase Biancotto, conspuaient l'idée que l'on puisse faire davantage de logement social, on objectera que si on doit en faire un peu plus dans la ZAC Cardinet, c'est qu'il n'y en a pratiquement pas dans certains quartiers de Paris. Ces contempteurs du logement social n'auront ils pas un jour à faire une demande, pour eux mêmes, leurs enfants ou leurs parents vieillis ?
On a bien vu le fils d'un grand élu parisien, propriétaire-bailleur, habiter une HLM de Paris, et pas dans un quartier périphérique !
Il y a 6000 demandes de logements sociaux en attente dans le 17ème qui offre moins de 11% de logement social. Doit on admettre qu'à Paris ne puissent plus habiter les personnes de condition modeste, et de plus en plus les classes moyennes, que doivent se loger ailleurs ses enseignants débutants, ses gardiens de la paix, ses personnels de santé, et tous ceux dont le travail est indispensable au bien-être et à la prospérité des résidents des beaux quartiers ?
On se rappelle un autre épisode peu glorieux, dans le 18ème arrondissement cette fois.
Quand fut remanié l'ancien hôpital Bretonneau pour accueillir un centre de gériatrie, l'AP-HP réserva le fond du terrain libéré pour la construction de logements sociaux. Il se trouva des riverains pour pousser de hauts cris : on allait ainsi installer un nid de délinquance ! De fait, dans ces bâtiments neufs de belle facture, les Hôpitaux de Paris ont logé du personnel hospitalier…

Alors, oui, nous poussons un coup de gueule !

Nous avons le respect des élus, nos principaux interlocuteurs. Et dans notre secteur d'intervention où les résultats électoraux bougent pas mal depuis quelques années, nous avons des contacts suivis avec des élus de toutes tendances.
En 1996, juste après qu'il fût élu à la Mairie du 18ème, déCLIC 17/18 avait longuement reçu Daniel Vaillant et son équipe dans le quartier de l'avenue de Clichy. On avait pu alors dresser la liste des nombreux problèmes, et faire nos propositions. Depuis, du Jardin des Deux-Nèthes à l'Ecole Cavallotti, bien des choses ont avancé. Il reste à faire et nous savons le rappeler.
Début 2002, à la demande de Brigitte Kuster qui envisageait alors sa candidature aux législatives de mai 2002, déCLIC 17/18 lui a présenté sa vision de l'avenue de Clichy. Moment agréable.
En février et mars 2008, déCLIC 17/18 a invité et reçu sur le terrain les têtes de listes parisiennes aux municipales et enregistré leurs engagements pour notre quartier.
Les élus, nous les côtoyons dans les Conseils de Quartier, dans différentes Commissions de concertation.

Donc, dans notre démarche, il n'y a pas une once de populisme, mais pas davantage de sujétion.

Notre association intervient dans un contexte politique donné.
Une région à gauche, une ville à gauche, un 18ème ancré à gauche où est élu le maire de Paris, un 17ème où la droite se maintient et où est élue la tête de liste de la droite aux municipales de 2008, malgré Batignolles et Epinettes qui votent à gauche depuis plusieurs années, sans parler du 9ème …
Situation compliquée qui n'incite pas forcément les élus à jouer l'apaisement.
Pourtant, à l'occasion, majorité et opposition doivent travailler ensemble comme en juillet 2006 où Bertrand Delanoé et Dominique de Villepin signaient un contrat d'objectif pour construire sur la ZAC 3500 appartements.
C'est heureux car on ne comprendrait pas que des dossiers importants soient retardés à cause de rivalités de boutiques.

Mieux vaudrait donc éviter les postures du genre " retenez moi ou je fais un malheur… " .
On n'est pas forcément pris au sérieux par le camp d'en face, car entre politiques on sait généralement jusqu'où on peut aller trop loin. Mais on devrait se garder d'échauffer les esprits de ses partisans, au risque de susciter parmi eux des déclarations proches de l'inacceptable.
C'est en tous cas notre analyse d'intervenants associatifs, observateurs du paysage politique.

[Janvier 2010]