Nos
quartiers à l'épreuve post-olympique : le vrai défi
citoyen !
Le
symbole qui découpa le ciel de Batignolles reste l'image
éphémère d'un pari perdu : le 6 juillet,
le rêve olympique a rejoint la Tamise. Le projet parisien
était un solide dossier technique salué par les
instances du CIO. Des commentaires qui, de toute part, voulurent
apaiser, expliquer, justifier, nul n'attendait qu'ils rappellent
l'évidence: le choix de la ville olympique relève
autant du concours de beauté que de la lutte d'influences.
Les sportifs (de haut niveau) le savent, la défaite, comme
la victoire, peut être injuste, question de point de vue.
Mais, quoi qu'en pensent certains, les athlètes ne sont
pas indifférents au défi et au plaisir de participer
" à la maison " aux compétitions les plus
prestigieuses, comme les vrais amateurs de participer à
cette fête!
Mais il serait dramatique que disparaissent aussitôt toute
l'énergie accumulée, les compétences assemblées,
les gestes architecturaux audacieux, les décisions stratégiques
visionnaires et les bonnes volontés enfin réunies.
Nous en savons quelque chose dans les quartiers riverains d'une
avenue de Clichy délaissée depuis plus de trente
ans. Le parc commencé, la construction des Batignolles
du XXIe siècle doit être mise en chantier. Que la
SNCF et RFF cèdent leurs terrains sans retard! Qu'une architecture
audacieuse et internationale (voir l'opuscule Paris-Batignolles
Workshop, éditions Pavillon de l'Arsenal, 2005) ait enfin
droit de cité! Que les grands axes proches reçoivent
le traitement adéquat! L'effort en faveur des transports
publics (accessibilité totale aux handicapés, tramway
étendu de la porte de Montreuil à la porte de la
Chapelle, création de la gare Évangile du RER E,
lignes de métro prolongées), le franchissement des
frontières de Paris et du "mur" du périphérique
avec la reconstruction de la Porte de la Chapelle, la mise en
valeur urbaine, architecturale et humaine de l'axe Paris-St-Denis
méritent d'être ardemment soutenus. Mieux, dans les
17e et 18e, de la porte d'Asnières à la porte d'Aubervilliers,
que les limites de Paris cessent d'être une frontière.
Une dynamique nouvelle peut surgir. Au-delà, Paris doit
définir un projet global pour son agglomération.
Or, à la faveur d'un objectif commun, le projet olympique
allait pouvoir guérir les intervenants publics de leur
pusillanimité, leur double discours ou leur combat politique
d'arrière-cour. Désormais, le cours des choses ne
peut reprendre son rythme, lourd et, trop souvent, chaotique.
Un défi citoyen s'impose donc à tous, décideurs
publics, habitants et associations de quartier: réussir
la nouvelle mutation de notre cité.
C'est peut-être là un projet encore plus ambitieux
et difficile !
Marc
Brunaud [Août
2005]