Combler un vide !
Tout récemment, au tout début du boulevard
de Clichy, sur le terre plein central de cet "espace
civilisé", couronnant le socle de la statue
de Charles Fourier, fondue pendant l'occupation nazie, est
apparu un curieux objet, une installation qui ressemble
fort à une haute cabine téléphonique
à laquelle on accède par un escalier métallique.
Et les passants et les touristes de grimper l'escalier pour
se faire photographier dans cette cabine de verre.
Renseignements pris, il s'agit d'une initiative spontanée,
on pourrait dire sauvage du collectif d'artistes Aéroporté,
qui a mis la Ville devant le fait accompli. Mais le comité
Art dans la Ville et le cabinet de Christophe Girard, adjoint
à la Culture du Maire de Paris semblent s'en accommoder,
dans la mesure où il n'y a pas de soucis de sécurité.
Ainsi cette installation de 1,5 tonne et 5 m de haut, en
acier inoxydable et verre feuilleté cofinancée
par Saint Gobain (car on peut braver les lois et règlements
et ne pas être indifférent aux financements
privés...) semble là, et bien là pour
un certain temps. Il y a un précédent, en
1969, les artistes se réclamant du Situationnisme
avaient installé une statue de Fourier en plâtre
bronzé. A l'époque elle avait été
promptement enlevée par les autorités municipales.
Selon le créateur, Steaven Richard, "le volume
de verre souligne l'absence de sculpture, un escalier incite
les passants à accéder au sommet du socle
et à remplir l'espace. Il s'agit de faire passer
un objet hors site a rang d'oeuvre publique, de cultiver
le paysage". A nos yeux, il s'agit plus simplement
d'un truc marrant qui a l'avantage d'occuper un lieu vide,
qui peut laisser libre cours à l'imagination des
passants.
Lors des réunions de réflexion sur l'aménagement
de l'espace Clichy-Rochechouart a été posée
la question : que faire de ce socle vide? Réinstaller
Charles Fourier (1772 - 1837)? Pas si simple car une statue,
c'est bien coûteux et de cet utopiste, on a découvert
sur le tard qu'il avait été aussi misogyne
et antisémite. Et puis, pour ériger une statue,
il faut un concours, souvent générateur de
discordes et de polémiques. L'idée fut lancée
alors d'utiliser le socle comme support d'oeuvres, exposées
à tour de rôle. Mais, quatre ans après,
on n'en a pas de nouvelles. Cette cabine de verre a au moins
le mérite de combler un vide.
Philippe
Limousin [25/04/2007]