Humain,
trop peu humain !
Début mars, les usagers de la ligne 13 ont pu découvrir
la nouvelle salle des billets de la station La Fourche, après
2 mois de travaux. Dans un document diffusé dans les boîtes
aux lettres, la RATP la présente comme " une vraie
modernisation ".
Là où est annoncé un visage plus convivial,
on constate qu'il n'y a plus de personnel pour vendre les billets.
Il a été remplacé par des distributeurs automatiques.
Les agents de la RATP ne sortent de leur aquarium que pour venir
en aide aux personnes en difficulté face à ces machines.
On ne relèvera pas que, le premier jour, la moitié
des automates étaient en panne, au grand dam de l'agent
RATP qui, débordé, condamnait cette malheureuse
initiative : il faut du temps pour rôder l'installation
(encore que
)
Pourtant, est-ce un progrès, au lieu d'avoir à faire
à un agent, que d'introduire la monnaie dans la fente de
la machine, pièce après pièce ? On imagine
l'attente en début de mois ! Est ce un progrès que
de sortir sa carte bancaire, de taper son code au milieu de la
foule , alors même que beaucoup d'agences bancaires sécurisent
l'opération en installant des DAB à l'intérieur
des agences ? Et les usagers qui n'ont pas de carte bancaire ?
Surtout, est-ce un progrès que de réduire la présence
humaine dans les transports publics ?
On ne regrettera pas forcément le poinçonneur des
Lilas, mais rappelons que, naguère, un chef de station
était présent sur le quai ; et dans les rames, un
chef de train en plus du conducteur. Dans les bus, on comptait
2 agents. A la RATP, les directions successives ont peu à
peu supprimé de la présence humaine , des agents
qualifiés , remplacés à l'occasion par de
vagues animateurs d'ambiance. Parallèlement, ont monté
le vandalisme, la fraude, gigantesque sur certaines lignes de
bus et dans certaines stations de métro ; la solution imaginée
pour la combattre étant l'intervention occasionnelle, parfois
musclée, de commandos de contrôleurs au détour
d'un couloir. Il valait mieux sans doute agir " en amont
". La présence de salariés qualifiés
a un coût.
Quel est le coût de la fraude, du vandalisme, du sentiment
d'insécurité, réelle ou supposée,
qui conduit bien des gens à éviter d'employer les
transports publics, le coût moral de cette société
de fraude et d'opérations coup de poing ?
Autre service public (encore
) frappé par la déshumanisation
: la Poste. Ainsi du bureau de la rue de Douai où la récente
rénovation a réduit le nombre des guichets, remplacés
par des stands où on vend un peu tout et n'importe quoi.
Et la file d'attente s'allonge.
On n'évoquera que pour mémoire, car elle est trop
connue, la situation scandaleuse des bureaux de poste avenue de
Clichy (Brochant) et avenue de Saint Ouen (Guy Môquet) ,
où on attend fréquemment 30 minutes pour effectuer
une opération banale .
La Poste, qui n'est pas encore qu'une banque, a des comptes à
rendre aux usagers, qualifiés maintenant de " clients
", quelle dérision quand le service se dégrade
!
Les élus et les candidats aux prochains scrutins, feraient
bien de mettre cette question à l'ordre du jour.
Philippe
Limousin [13/05/2007]