Dans les années 1950 à 1970, élus et ingénieurs
ont imaginé, pour répondre à la croissance
du parc automobile
(700 000 véhicules dans l'ancien département de la
Seine en 1954, 2 millions prévus alors pour 1969 et 6 millions
pour 2000), des solutions radicales
visant à " adapter la ville à la voiture ".
S'inspirant des travaux d'urbanistes des années 1930 (Utudjian
et Baudet, Le Monde souterrain, 1937), repris par André Thirion,
surréaliste devenu conseiller municipal RPF (Rapport sur
les opérations générales et locales de voirie,
1951), le plan de Bernard Lafay de 1954 (Solution aux problèmes
de Paris, la circulation, Conseil municipal, 18/12/54) prévoyait
dans Paris une rocade intérieure, boulevards autoroutiers
reliant entre eux de gigantesques parkings enfouis. Beaucoup de
voies parisiennes ont été alors réaménagées
au profit de la circulation automobile en scindant les trottoirs
latéraux (Flandre, Barbès, Magenta, Ternes, Italie,
etc.). La chaussée des boulevards des maréchaux fut
portée à 22 mètres, le marquage au sol des
voies de circulation devint la règle. Et les voitures de
s'engager dans ces axes dégagés, bien vite embouteillés.
Dix ans plus tard, le Schéma Directeur, conçu par
un grand commis de l'État, Paul Delouvrier et présenté
au général De Gaulle en juillet 1964, envisageait
un District de Paris de 14 millions d'habitants en 1990 (en 2007,
l'Île-de-France compte 11 millions d'habitants dont 8,5 millions
en agglomération). À côté de projets
nécessaires et réalisés comme les Villes Nouvelles
et les RER, le Schéma Directeur prévoyait un réseau
d'autoroutes intra-muros à 2x2, 2x3, 2x4 voies en surface
ou souterraines. Dans nos quartiers, une radiale nord-ouest à
ciel ouvert devait prolonger l'autoroute de Cergy-Pontoise, de la
porte Pouchet à la Seine, par Saint Lazare, longeant, en
viaduc certainement, les voies SNCF jusqu'à la place de l'Europe
(échangeur vers la gare de l'Est) continuant vers Montparnasse,
par une énorme entaille, passant à 100 m de la Madeleine.
Une rocade Saint-Lazare/Gare de l'Est, entièrement souterraine,
devait assurer la liaison avec une radiale nord-sud qui, de la porte
d'Aubervilliers à Riquet (échangeur) et Stalingrad
(échangeur) empruntait le canal Saint Martin asséché
(atmosphère
) jusqu'à la porte d'Italie avec,
en route, force échangeurs. Ce projet (Paris-Match, 01/07/1967)
prévoyait la destruction de 3 000 à 10 000 logements.
On imagine les conditions de vie des habitants en deuxième
ligne, sauvés de la destruction. Ce qui les sauva et sauva
Paris, ce fut la mobilisation des citoyens et aussi la disparition
prématurée de Georges Pompidou en 1973. Des projets
lancés, seule demeure la voie expresse Rive Droite. La voie
expresse Rive Gauche fut in extremis abandonnée, comme la
radiale Vercingétorix dans le 14e arrondissement.
Un demi-siècle plus tard, environnement dégradé
et santé publique mettent à bas cette utopie destructrice
d'une Ville adaptée à la voiture. Il faut désormais
réparer !
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