À Paris, on fête la démocratie locale, rencontres
du samedi 7 juin 2003 à l'Hôtel de Ville
Un conseiller de quartier (17e) raconte ...
Le
samedi 7 juin 2003 s'est déroulé à l'Hôtel
de Ville le premier printemps de la démocratie locale.
Autour des 121 Conseils de quartier (CQ) de Paris, chacun put
faire le point sur cette première année de démocratie
participative, échanger ses expériences, émettre
ses constats ou ses critiques, bref, faire progresser la démocratie
de proximité.
Ont été abordés les thèmes et les
problématiques suivants : mieux définir le rôle
et les compétences du CQ ; expliciter son fonctionnement
et ses liens avec la Ville de Paris et les mairies d'arrondissement
; comment informer et se faire connaître des Parisiens
; moyens mis à sa disposition ; articulation entre toutes
les instances de démocratie locale (Conseil de quartier,
Conseil de la jeunesse, Conseil des étudiants et Conseil
des citoyens non-communautaires).
De
nombreux outils de démocratie locale
L'année
2002 /2003 a vu Paris se doter de tous ces outils de démocratie
locale ou participative. En effet, la " démocratie
représentative " constituée d'élus
que les citoyens-électeurs ont choisis se distingue de
la " démocratie participative ", résultante
d'assemblées composées d'élus, d'associations
de quartiers et d'habitants, que tous font vivre à l'échelle
de l'arrondissement ou de chaque quartier. La démocratie
participative et la démocratie représentative
se complètent ainsi pour restituer la ville dans toute
sa multiplicité et se complexité et mieux approcher
la réalité des besoins et des attentes du citoyen.
Précisons le rôle et les limites de chaque instance.
Ainsi, existent dans chaque arrondissement : (a) des conseils
de quartier, espaces d'information, de dialogue et de propositions,
d'avis, placés et organisés sous la compétence
de la mairie d'arrondissement ; (b) un conseil de la jeunesse
(de 13 à 25 ans),encadré par un animateur, organisé
avec les jeunes selon une charte et à la compétence
consultative et participative autour de la réalisation
de projets/actions ; (c) le CICA (comité d'initiative
et de consultation d'arrondissement) s'adressant aux associations
de quartier, réuni par le conseil d'arrondissement en
formation extraordinaire au moins 4 fois par an (avec voix consultative).
À l'échelle de Paris ont été institués
:
(1) le Conseil de la Citoyenneté des Parisiens non communautaires
qui permet aux résidents étrangers non-membres
de l'Union Européenne de participer à la vie de
la cité, en particulier sur les questions spécifiques
aux étrangers (accès aux droits, affaires sociales,
formations, information, coopération et co-développement)
;
(2) le Conseil Parisien de la Vie Étudiante composé
des élus étudiant au CROUS et vice-présidents
étudiants de chacune des 8 universités de Paris,
ainsi que des associations ;
(3) le Conseil Parisien de la jeunesse qui regroupe les 108
représentants, membres des conseils de la jeunesse des
20 arrondissements.
Chaque instance de démocratie locale dépend de
la mairie d'arrondissement qui en définit le fonctionnement.
La démocratie participative ne peut donc se soustraire
de la démocratie représentative. Ce qui pose quelques
problèmes. En effet, dans nombre de Conseils de quartier,
il a été relevé l'aspect apolitique des
instances participatives, aspect positif puisqu'il permet à
tout le monde de s'exprimer en dehors des clivages partisans.
Or le risque existe bien, selon les habitants et représentants
des associations conseillers de quartier, de se " faire
récupérer " par les mairies d'arrondissements
comme outil de légitimation d'actions décidées
à priori.
Une
charte pour clarifier les rôles de chacun
C'est
pour cela qu'il est très important de définir
au préalable une charte de fonctionnement qui définisse
clairement les rôles de chacun. Cette charte existe dans
une grande partie des Conseils de quartier parisien (3e, 4e,
11e, 13e, 18e et 20e qui a créé les Conseils de
quartier en 1997). Chacune de ces chartes définit les
rôles et compétences, les modes de désignation
et de renouvellement des membres du conseil, le déroulement
des réunions, le choix des dates et des thématiques,
le budget et les moyens de l'utiliser, les modes d'évaluation
des Conseils notamment. Dans cette même optique a été
constitué samedi 7 juin 2003 un Observatoire parisien
de la démocratie locale chargé d'évaluer
les dispositifs de concertations.
L'importance
de la communication
Le
premier constat concerne la circulation de l'information au
sein du triptyque formé par les élus, les membres
des conseils et les citoyens. La discussion avec l'ensemble
des membres des CQ a mis à jour divers problèmes
ou zones d'ombres, notamment les responsabilités de la
mairie concernant l'information. Est-ce à la mairie d'arrondissement
ou au CQ de diffuser l'information ? Quel budget utiliser pour
assurer l'information, celui du CQ ou d'autres lignes budgétaires
de la mairie d'arrondissement ?
Ont été souvent évoqués les problèmes
de calendrier, l'information sur la date du CQ arrivant tardivement,
le manque de suivi des mairies qui relaient mal l'information,
le manque de résultats concrets sur lesquels, pourtant,
on pourrait s'appuyer pour intéresser et motiver les
citoyens à participer aux travaux des CQ.
Certains CQ (3e, 10e, 20e) avaient déjà bien défriché
ces problématiques. Ils se sont ainsi dotés de
multiples outils de communication comme une base de donnée
des participants au CQ, un espace d'information dans le journal
de la mairie, un site Internet, des courriers (avec système
de boîtage), des fiches de suivi pour évaluer le
taux de participation, etc..
Bref, il est nécessaire de diversifier les moyens de
communication pour atteinde l'ensemble des habitants et de travailler
étroitement avec les commerçants (pour faire remonter
l'information auprès des habitants). Autres suggestions
: utiliser des panneaux plastiques dans la rue, émettre
des messages sur les panneaux Decaux de la Mairie de Paris,
doter chaque CQ d'un kit d'information contenant des documents
élémentaires (quartier verts, PLU, etc.), prévoir
des présentations multimédia (Powerpoint) à
projeter lors des CCQ
Enfin, installer les instances de démocratie locale dans
un lieu qui leur serait propre permettrait de regrouper l'ensemble
des différentes instances participatives et leur garantirait
une certaine autonomie (y compris financière).
Tout cela relève pour l'instant de la bonne parole mais
il est important que cela ait été dit. Il y a
des choses simples à faire qui sont du ressort des conseillers
de quartier et qui peuvent être mises en place rapidement,
selon les compétences de chacun. Rendez-vous, donc, dans
un an pour faire le point sur ce qui se sera passé à
Paris
sans oublier le 17e arrondissement où il n'existe
pas encore de charte et où les habitants pourraient être
mieux informés sur les Conseils de quartier.
Olivier
Misischi, conseiller de quartier, collège Habitants
Batignolles-Cardinet. [Juin
2003]