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Histoire courte de la Villa des Arts
- 15 & 17 rue Hégésippe Moreau

Hier, aujourd'hui

Dénommée " Impasse des Moulins ", indiquant à la fois la forme du lieu et son utilisation, puis " Impasse Hélène ", la rue Hégésippe Moreau prit son nom définitif à la fin du XIXe siècle.

H. Moreau (1810-1838), poète, fut publié chez Garnier en 1850 puis réédité par Sainte-Beuve en 1860. Son poëme le plus célèbre demeure " la Voulzie ", du nom de la rivière traversant Provins, où il fut compositeur d'imprimerie. Il s'éteignit dans la misère à l'Hôpital de la Charité.

Vers 1880, la rue des Grandes Carrières, entourant le cimetière Montmartre pour monter vers la Butte devient la rue Ganneron. Le nom de " rue du Chemin des Dames " (aujourd'hui rues Joseph de Maistre et Tourlaque) disparaît aussi. L'impasse des Moulins se métamorphose en impasse Hélène, les moulins réformés. Dans cette voie, l'immeuble le plus important existe déjà aux numéros 15-17 de l'actuelle rue Hégésippe Moreau. Ainsi, en 1876, le cadastre fait mention d'une grande cour entourée de logements, de remises à fourrage et d'écuries pour loueur de voitures.

L'urbanisation de cet ancien quartier de carrières date des années 1850. Avec l'extinction progressive de leur exploitation, les " pierreux " s'installent dans les écuries qui se vident peu à peu, au 15 Impasse Hélène, ainsi dénommée " Villa des Artistes ".

En 1888, MM. Demichel et Guéret, propriétaires, déposent une demande d'ouverture de voies nouvelles. À cette époque, la rue Forest existante se prolongeait par le " passage des Deux-Nèthes " (l'actuelle rue Cavallotti), lotissement encore totalement privé, jusqu'à la rue Ganneron et le Mont de Piété souhaitait aussi acquérir un terrain face à la rue Capron. L'administration parisienne lie les deux opérations et l'îlot sera complètement remodelé. L'impasse Hélène est prolongée jusqu'à la rue Ganneron puis, en 1904, la rue Étienne Jodelle sera percée, offrant ainsi un accès direct de la rue Forest jusqu'à l'avenue de Saint-Ouen.
L'aménagement de ces opérations est conduit avec la collaboration d'Henri Cambon, architecte vérificateur : vers 1890, MM. Cambon et Guéret édifient la cascade d'ateliers qui dévale le terrain en forte pente jusqu'à la rue Ganneron. Des peintres rejoignent les pierreux. Dès lors commence l'aventure artistique de la " Villa des Arts ". Les artistes officiels de l'Exposition universelle de 1889 viennent l'occuper. Les noms les plus illustres travaillent dans ces ateliers. Bien des courants d'avant-garde y germent, du cubisme et du surréalisme jusqu'à l'art cybernétique et l'art vidéo.

La seconde guerre mondiale marque un temps d'arrêt à ce foisonnement créatif. Au milieu des années 60, la succession du propriétaire provoque la séparation juridique des 15 et 17 et, seul, le 15, rue Hégésippe Moreau, conserve, en dépit de l'imbrication des deux bâtiments, la dénomination originelle.
De la soixantaine d'ateliers existants, quelques-uns abritent encore des activités artistiques. Mais combien cela durera-t-il encore ? Le peu d'intérêt porté par le public pour l'art contemporain oblige de plus en plus les artistes à " s'exporter ". Et la Villa des Arts, belle endormie, s'installe depuis trop d'années dans le rôle paisible et confortable de lieu de mémoire. Tout récemment, des artistes ont choisi de mettre leur énergie en commun pour développer et promouvoir leurs activités. Une association L'Hégésipale vient d'être fondée en 2003. Bien d'autres cités d'artistes ont depuis longtemps perdu " leurs " artistes dans le quartier aussi chargé d'histoire qu'est Montmartre. Il serait dommage qu'il en fût ainsi de la Villa des Arts, où brûle encore le feu des origines