Guy Môquet, brillant élève du lycée
Carnot, est le fils du député des Épinettes
Prosper Môquet, ancien cheminot des Batignolles, arrêté
en octobre 1939 puis déporté au bagne de Tête-Carrée
(Algérie) avec 26 autres députés communistes.
Le jeune Môquet âgé de 15 ans se démène
auprès des plus hautes autorités de la Chambre
des Députés (Vichy n'est pas encore installé)
pour libérer son père et veille sur son plus jeune
frère Serge. Il poursuit aux Épinettes et dans
les Grandes-Carrières des activités de résistance
politique. Dénoncé à la police, il fut
arrêté le 13 octobre 1940 à la Gare de l'Est.
Bien qu'acquitté le 23 janvier 1941 de toute poursuite,
il est transféré de prison en prison : la Santé,
Fresnes, Clairvaux. Le 16 mai 1941, il arrive au camp de Châteaubriant
(Loire-Atlantique), qui comptait près de 4000 prisonniers
politiques.
Le 20 octobre 1941 vers 8 heures, le Feldkommandant Hotz est
exécuté par trois jeunes hommes à Nantes.
En représailles, l'autorité nazie ordonne d'exécuter
50 otages immédiatement, puis, 50 autres si les auteurs
de l'attentat ne se livrent pas. Le gouvernement de Vichy, par
l'intermédiaire de son ministre de l'intérieur,
Pierre Pucheu, intervient auprès des autorités
Allemandes et fournit une liste de prisonniers " bons à
être exécutés pour éviter de laisser
fusiller 50 bons Français ". Mais le plus sordide
est que, si les nazis allaient choisir au hasard 50 noms dans
une liste de 200, le sous-préfet de Châteaubriant,
qui est mort dans son lit, s'empressa de désigner parmi
" les internés communistes " 60 noms parmi
"les plus dangereux et les moins chargés de famille
". À Nantes, 16 prisonniers ont été
choisis, 5 autres au Mont-Valérien. À Châteaubriant,
27 prisonniers ont été fusillés le 22 octobre
1941, dont le plus jeune, Guy Môquet.
La mère de Guy, Juliette, et son jeune frère Serge,
déguisé en fille, échappent à la
traque policière en se cachant pendant toute la guerre,
tandis que Prosper Môquet se joint à Alger aux
forces résistantes autour de De Gaulle. En 1944, le général
De Gaulle cite Guy Môquet à l'Ordre de la Nation.
Après guerre, Serge, tragiquement éprouvé,
mourra " de chagrin ", comme on le disait avec pudeur
à l'époque. Juliette décèdera en
1956 dans un accident de voiture. Deux jours après ce
nouveau drame, le général De Gaulle, qui, à
la Libération, n'hésitait pas à traverser
l'hémicycle pour saluer le député communiste
Môquet adressa une lettre aussi pudique qu'exceptionnelle
:
" Mon cher Môquet, je m'associe à votre chagrin.
Je ne vous ai pas oublié, depuis Alger, et je n'ai, certes,
pas perdu le souvenir de votre jeune fils Guy mort si bravement
et cruellement pour la France. Madame Môquet, elle aussi,
prit part à notre combat. Veuillez croire, mon cher Môquet,
à mes sentiments bien cordiaux et très attristés.
"
Puissions-nous, aussi, nous souvenir du dernier message laissé
par Guy Môquet :
" Vous tous qui restez, soyez dignes de nous... ".
(Source : Pierre-Louis Basse, Guy Môquet, une enfance
fusillée, Stock, 2000).